Une bonne nouvelle
Les destinataires de cette bonne nouvelle mirent longtemps pour réaliser qu’elle leur était parvenue. Des années pour certains. Mais il en est ainsi pour beaucoup de circonstances capables de changer durablement nos vies. Leurs prémices discrètes échappent à la conscience, noyées dans les nécessités vitales et l’agitation quotidienne. Il faut souvent du temps pour réaliser et on ne l’a pas. Un jour enfin, ce qui restait informulé mais pourtant bien présent s’impose, passant au premier plan et la soudaineté de cette révélation s’accompagne de surprise mais également d’incompréhension : comment n’avions nous pas compris jusque là ? Comment l’évidence nous avait-elle à ce point échappée ?
La bonne nouvelle, Jacques Rougery l’avait reçue comme un soulagement. Elle lui permettait enfin de construire le premier seaorbiter, un hypocampe d’aluminium de cinquante mètres de haut, sa plus grande partie restant immergée. Cette sentinelle des mers dériverait au gré des courants et permettrait à son équipage de vivre en « merrien » au rythme de l’océan. Ce que ni les entreprises de pointe ni la communauté scientifique n’avaient permis, la bonne nouvelle promettait de le réaliser. D’autres seaorbiters viendraient bientôt, en liaison avec le premier, constituer un réseau permanent d’observation de la planète bleue.
Dans l’océan indien et plus précisément à Madagascar, la bonne nouvelle avait été plantée par les zafimaniry sous forme de petits palissandre il y a des années. Ceux-ci étaient arrivés à maturité et comme l’exigeait maintenant la coutume, pour chaque arbre abattu, on en replantait deux. Puis les billes étaient débitées en tronçons dans lesquels, suivant une tradition millénaire, on sculptait à la hache et à la gouge, dans la masse, d’énormes marmites dont les flancs et les couvercles recevaient ces motifs géométriques ancestraux dont les acheteurs raffolaient, au grand désespoir de Jeanne d’Arc, la vendeuse d’Ambositra, que ses goûts personnels inclinaient vers un décor beaucoup plus kitch. Mais le client est roi.
A Jodhpur, la bonne nouvelle s’était parée de bleu et plus précisément du bleu des fleurs de chicorée, des anciens paquets de gauloise, cette nuance d’indigo clair dont la seule vue écarquillait les yeux et le sourire. Toute la ville en était recouverte et la lumière réfléchie participait à la ferveur du lieu, dilatant les âmes.
Au large du lagon de Nouvelle Calédonie, dans un bleu plus outremer, peut-être était-ce justement cette bonne nouvelle que les baleines à bosse transmettaient dans les longues modulations de leur chants ? Il n’était maintenant plus rare d’assister à leurs ébats, à distance respectueuse. Leur nombre augmentait régulièrement chaque année et chacun repartait après les avoir vu avec au coeur, imprimé à jamais, un message vital à lui seul destiné.
Dans l’île de Sainte Lucie, aux Antilles, les disputes entre pêcheurs, plongeurs et autorités écologiques avaient longtemps créé une telle cacophonie que la bonne nouvelle ne risquait pas de s’y faire entendre. Puis les sanctuaires marins avaient permis aux populations de poissons de croître, de se régénérer et d’embellir. Leur trop plein débordait à présent largement les zones protégées, au grand bonheur de ceux qui pouvaient désormais les admirer de nouveau, derrière la vitre de leur masque, dans la gamelle familiale et sur l’étal des marchés.
On ne comptait plus les appartements laissés à dispositions par leurs occupants, partis pour des tours du monde plus ou moins longs, à pied, en vélo, en stop, logeant chez l’habitant, celui-ci, ou d’autres, occupant l’appartement des premiers. On voulais tout voir, tout vivre, mais à son rythme, c’est à dire au rythme apaisé d’une nature ayant renoué avec son équilibre. On se croisait en toutes les langues ; on se quittait persuadés d’avoir parlé la même.
Si la bonne nouvelle avait dû s’échanger par courrier, ils auraient été timbrés aux couleur du Costa Rica, qui, rattrapé par ses images positives, avait été contraint d’arrêter toute déforestation au profit de parc nationaux couvrant maintenant l’essentiel de son territoire. Ce pays sans armé était en paix, mais désormais, ses turbulents voisins également : on ne fait pas la guerre à quelqu’un chez qui on espère passer ses prochaines vacances, ou à qui on espère vendre des souvenirs quand il viendra rendre la visite.
Finalement, la bonne nouvelle tenait en peu de mots, mais ils affirmaient qu’heureusement, plus rien ne serait jamais comme avant : le tourisme était désormais le principal moteur de l’économie mondiale.
bref !
manière de parler de faits véridiques et optimistes sur un fond écologique et utopiste !
Courir le monde, un commerce à portée de tous !
et puis les animaux avaient décidé de s'y mettre aussi et là....on eut quelques bouleversements majeurs.
après que ce troupeau d'éléphants d'Afrique ait décidé de prendre ses quartiers dans le Vercors, et plus précisément dans ta chambre à coucher...
Finalement c'est juste une question d'organisation et le voisin m'avait laissé sa brouette une journée de plus
"Echangez votre maison, une bonne façon de découvrir le monde à moindre frais" qu'ils disaient sur le prospectus
et les animaux savaient lire et ça on ne s'en était pas douté
J'étais passée à côté du texte... ç'aurait été dommage...
Tiens ! La dernière phrase me fait penser au livre "La possibilité d'une île" (mais rien à voir avec le reste du texte).
Scribulations
originale !