Trou de mémoire
J’ai enterré mon enfance dans un jardin.
Voilà, je suis grande à présent et j’ai tout enfoui. Tout : le bon et le mauvais, les poupées aimées et les monstres du passé. Elle est là pourtant cette enfance chérie, entre les ronces des souvenirs et l’humus de ma mémoire. Là, tapie dans un coin de ma raison, noyée dans le puits glacé de mon inconscient.
Ces derniers jours, sans que je comprenne vraiment le sens de ce revirement, elle me revient en pleine face, cette enfance. Parfois par bribes, à d’autres moments ce sont de longues séquences qui reprennent vie devant mes yeux. Grand-père m’offre Dina, somptueuse princesse, et je pleure, elle est trop belle, je n’ose pas la toucher, il rit. Je l’aime…
Je la sens pousser au fond de moi comme un germe, le germe de quoi ? Elle est racine enfoncée dans un sol sauvage. J’ai bien cru que rien n’y grandirait jamais, pourtant je suis là. Mais y suis-je vraiment ? Mon frère me poursuit avec son tomahawk, le visage couvert de peintures de guerre : le rouge à lèvres de maman. Je suis cachée sous le lit et j’attends que l’indien abandonne sa proie. Une peur si délicieuse au ventre, c’est lui sans être lui, c’est un jeu…
Elle est là l’enfance, elle jaillit de mon corps, sans que je la demande, sans que je la convoque, malgré moi. Elle tord les branches mortes qui la recouvrent et les arrache une à une pour s’évader. Papa. Papa me berce de sa belle voix grave. Dans ses bras, je suis comme sur le sein de ma mère, au chaud, en sécurité, je m’endors abandonnée. Je suis une petite fille, toute petite.
Comme un vêtement trop ajusté, ma mémoire craque aux entournures. Rien d’autre que mon enfance n’apparaît. Depuis elle, il n’y a rien, plus rien. Un grand blanc, un écran où rien n’est projeté. Un mot sur le bout de la langue qui ne revient pas et ne reviendra sans doute jamais. Saute-saute-saute mon petit lapin… un deux trois ma boule…, les comptines, les poèmes de Maurice Carême, tout cela je peux les réciter, les comptoirs de l’Inde, les fleuves de France et la bataille d’Hastings, le sacre de Charlemagne ou l’invention de la chirurgie par Ambroise Paré, tout est là, si clair, si proche, la maîtresse et sa règle de bois, ses doigts tachés d’encre rouge, le tourniquet, la marelle, Annie mon amie…
« Qu’as-tu fait aujourd’hui ? » me demande Suzie avec un sourire indulgent qui ne lui sied guère. Alors, je la regarde un peu en biais et lui dis : « Aujourd’hui ? Je ne sais pas, mais hier, hier… »
MiKla
Joli : ): )
Je "bump" ce texte parce qu'il a disparu des tableaux de vote, que je l'apprécie beaucoup et j'aimerais qu'il y revienne.
Oui, voilà : bumpons ! et rajoutons le au tableau de vote "cimetière des poupées", avec un lien vers cette page ! (Mais peut-être y avais-tu déjà pensé. Je n'ai pas été voir.)
C'est fait. Mais, je ne sais pas pourquoi, il était dans le tableau au début, et il a disparu peu après. Peut-être que MiKla ne veut pas le voir là ? Ou qu'il a été effacé par accident ? Enfin, il est de retour.
sISI? mERCI §
5UN PEU CHAVIR2E §°
suggestions pour mimi donc
passé au noir et tout et tout (enlevé les sauts de paragraphes pollueurs - payeurs !)
Oui, mais t'as laissé le gras. Nan, je plaisante, on s'en fout, c'est facile a enlever.
Oui oui oui, mais a priori, et sauf erreur manifeste de ma part, ce texte ne figure pas dans la liste de ceux retenus.
Il y est pourtant. Entre "Sans" et "Le corps". Voir aussi les commentaires 3 à 5.
Je dois avoir la berlue. Tu le VOIS dans le sommaire provisoire ?
Non, pardon, c'est moi qui confonds. Mais il est dans le tableau de vote par contre. Je l'ai ajouté tout récemment...
Pas grave, au moins il est propre !
Scribulations
tomahawk
Quelle atmosphère !
