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Oublions Freud


 

Oublions Freud, oublions Marx, oublions le passé et même le futur, essayons l’amour au présent, une simple caresse aimante, intimidée, toute simple, un clin d’œil énamouré, un simple geste d’homme ou de femme qui s’émerveillent l’un l’autre. Une graine plantée en terre mène plus loin qu’un avion. La mémoire d’un arbre porte toute la terre. Une étoile morte éclaire mieux qu’un néon. Les manchons d’une brouette parleront toujours mieux que le volant d’un char. Un sentier perdu nous transporte plus loin que la vitesse d’une autoroute. Les lignes droites ne servent qu’à effacer les courbes de tous ceux que l’on aime. Je veux un doigt qui touche avec amour, un œil qui voit sans un écran, un bras qui aide sans un salaire, une cervelle qui rêve, une épaule qui sert à porter un enfant. Il m’arrive souvent devant l’écran d’éteindre l’ordinateur avec une mine de crayon pour vivre simplement avec les mots du pain, les phrases du silence, les métaphores du vent, le discours des poissons, le bonhomme sur la lune, les doigts de pied dans la tête, les lunettes d’un peintre et les yeux sans verrou. Il m’arrive parfois de pleurer comme un veau devant mon loup qui hurle ou de rire de moi devant un trou de mémoire, d’y tomber comme un pois en souvenir de tout. J’aurais aimé écrire sans connaître un seul mot, avoir inventé l’arbre, le soleil, même le gel qui fait le vin de glace. Non, je ne veux pas être un Dieu mais que l’homme respecte ce dont il fait partie.

         Je viens de loin, de la naissance d’une étoile. J’écris de près, dans une miette de pain, un grain de sel, une page.  Je saute de la pierre à la neige, de l’abeille au volcan, des omoplates aux ailes disparues. Il y a longtemps que des chardons ailés ont remplacé les anges. Plus vieux de tant de pages, je ne comprends pas plus qu’à cinq ou quinze ans tous ces bonhommes adultes aux doigts calculateurs, leur âme camouflée dans des vêtements coupés, toutes ces machines compliquées additionnant des chiffres. J’écris avec des pas d’oiseau sur des pages de neige. Il ne me reste plus grand-chose, une minuscule chambre pour fabriquer la vie. Mon jardin n’est plus qu’une assiette à fleurs. Une nappe trouée me sert de continent. Je regarde le monde par les trous de bas. Chaque fenêtre est trop petite. Il me faut des livres pour agrandir la vue. La porte refermée, je suis toujours en route, poussant mon poids d’humain du bout de mon crayon, relevant d’un mot les métaphores qui s’effondrent, comblant les trous de mémoire à coups de poésie. Le trottoir d’en face longe un hôpital vide. On y entend encore les cris des orphelins qui furent battus,  leurs petits poings meurtris qui cognent sur les murs, les bruits d’électrochocs, le couinement de souris des religieuses sadiques, le pas des surveillants qui s’apprêtent à violer.

         De l’édredon de plumes à l’enfance perdue, de l’œuf de Colomb au coq de village, le réveil est brutal et l’oreiller de plomb. Il est étrange de voir un arbre qu’on abat, une rivière desséchée, une montagne éventrée. Les géants de l’enfance s’avèrent minuscules. On aurait cru mourir avant, écrasés par le pas lourd des hommes sur les planchers de verre. Libre de tout sauf de l’homme, je hurle comme un loup pris au piège, le sang des pattes sur la neige, un feu de glace dans les yeux. Par les trous du silence, ce qui ne passe pas s’avère le meilleur. Je me cherche dans les mots qui m’échappent. Assis seul à ma table, oublié de tous, je m’occupe des autres. Je ferme les yeux pour voir ce qu’il y a dans ma tête. Parfois, il se forme un jardin. Certains jours, c’est la brume, la neige ou simplement le vide. Je ne vois plus de mots mais des consonnes à gauche et des voyelles à droite. J’entends mon cœur frapper sur les parois du crâne. J’écris pour faire le mur dans ma tête.

jml

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Lise (non vérifié)
"Non, tu n'es pas seul ", et

"Non, tu n'es pas seul ", et ce n'est pas moi seule qui le dis, tu la connais, la chanson. Plutôt, tu es seul comme nous tous et zut on va retomber dans Freud. Qu'il nous faut oublier, tu as bien dit, c'est la seule chose qui nous reste.

Je retrouve tes couleurs avec un plaisir que tu ne soupçonnes pas : le brun des lettres, d'abord, comme un  signe de main perdu et subitement retrouvé, ce clignement de l'oeil dont tu parles plus haut. Et surtout, la suite, miettes y comprises

Elles me manquaient, les miettes. On peut mourir de faim devant la table mise, sans les miettes, le sais-tu ?

Je cours lire tes deux autres textes.

JMD
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Hi hi ! Je reconnais bien là

Hi hi ! Je reconnais bien là ton penchant à la flatterie ! Perso, sans trouver comme toi dans les miettes de Jean-Marc ni des raisons de mourir ni de quoi durablement me rassasier - d'autant qu'en cas de fringale, son blog n'est quand même pas très loin - je m'associe COMPLETEMENT à ton plaisir de le retrouver sur nos lignes ! C'est bien là l'essentiel.

Lise (non vérifié)
Bof, les ceusses qui ont

Bof, les ceusses qui ont l'esprit imbibé de vinaigre voient là de la flatterie ; les autres, les normaux, voient là de la tendresse, de l'amitié, de la sympathie, voire de l'amour, oui-da et pourquoi pas ? Mais je reconnais bien là ton penchant au sarcasme. Et l'essentiel, c'est d'employer le mot qu'il faut, quand il faut et où il faut, puisqu'aussi bien nous sommes en terrain d'écriture, et pas sur le canal de Sète.

JMD
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Et oui, je ne cesse de le

Et oui, je ne cesse de le répéter à qui veut l'entendre : j'ai un fond méchant. Quand le fond est bien au fond, ça me pousse plutôt à l'auto-dérision et à l'humour, mais quand le fond se rapproche du bord, juste avant le ras-le-bol, je verse plutôt dans le sarcasme. Mais je me soig... Ah ben non, tiens : je ne me soigne pas !


(Rien à voir, mais je viens de me rappeler que j'avais un truc à rajouter à "Salon de la revue" - Merci de m'y avoir fait penser.)

Lise (non vérifié)
tu m'accuses de flatterie, je

tu m'accuses de flatterie, je t'accuse de sarcasme, on ne pourrait pas en rester là ? 

JMD
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Très volontiers.

Très volontiers.

Lise (non vérifié)
La porte refermée, je suis

La porte refermée, je suis toujours en route, poussant mon poids d’humain du bout de mon crayon [ ... ]


Voilà des mots qui me manquaient, oui ; voilà une manière de dire qui me manquait, oui, et même si je peux aller tous les jours sur le blog de jml, le retrouver en terrain d'écriture ensemble me manquait aussi, oui. 



Portrait de Patrick Packwood
Contributions:
J'aime bien !

Ça va loin dans les idées profondes tout en restant à proximité par l'humanité qui s'en dégage.

JMD
Contributions:
J'aimais également bien celui-là...

En parcourant ton carnet, j'avais repéré ce texte comme étant suceptible de s'inscrire utilement dans le prochain numéro de Scribulations (la revue) , mais je ne sais pas ce que tu en penses ?

 

Ton auto jappe sur la finance. L’autobus rote au coin des rues, éclaboussant les cyclistes rêveurs. Il te reste ton poing pour écrire, ta bière pour prière, ton loto pour espoir. Oncle Sam t’a tout pris, le cœur avec le reste. Tu as perdu l’amour dans le péché de la piastre, ton âme pour un salaire, ton violon pour un gun. À force de ne rien décider, tu décèdes avant le temps. Vivre dépossédé de soi, c’est comme ne plus vivre. Je vis ta vie en même temps que la mienne. Les mots sont à chacun. La poésie n’est jamais exclusive. Elle grappille partout. J’entends à peine le son de ma pensée. Elle grésille comme une vieille radio. Elle pétarade comme un muffler troué. Une ampoule clignote comme une étoile sale. La lune verse à boire le reflet du soleil. Toute la vie se résume à un prix. Le bonheur se calcule au coût des sentiments. Le rêve éclate en mille miettes. Je me réveille seul, ramassant les morceaux.

Après avoir changé l’eau en vingt, ils veulent vendre l’air. On a planté des tours de béton  sur ma ligne d’horizon. On m’a donné des perles et des miroirs de toc juste pour avoir ma peau. Étant donné le feu, l’air, la lumière et l’eau, je dois rester vivant. Étant donner l’enfance, je dois parler ma langue. Je voudrais croire aux anges, encore plus aux vivants. À force de jaser avec les écureux, j’ai fini par apprendre la langue des noisettes, le jargon des écales. Je souffle des balounes dans la gomme des mots. Je lance des bateaux sur l’eau des métaphores. Le ciel crinque les nuages comme des jouets d’enfant. Le soleil est à cheval sur la ligne d’horizon. Je me cache sous les planches d’un poème. Je déshabille la voix pour en voir les os. Je déboutonne le silence pour en voir les mots. Traquant le squelette sous la chair de poule, je me dépouille de tout. Il m’arrive de cracher l’amer jus des mots. La révolte et l’amour se prennent par la main et traversent la mort de leur ombre solaire.

Une miette de pain est une plus belle preuve de la présence de l’homme qu’une balle dans le plâtre d’un mur. Les lèvres sont d’abord des véhicules de sourires. La tête des ormes joue avec son chapeau d’homme. Les écureuils s’esbrouent d’une branche à l’autre. Ils sont fous comme des fougères au vent, soulés de sève et de soleil. Les fleurs respirent en silence. Les bêtes pleurent sans se cacher. De l’animal à l’homme, on se demande parfois s’il fallait faire un pas. Le lapin s’arrache les poils du ventre pour faire un nid à ses petits. L’homme loge les siens dans des blocs de béton. À la mort de ma femme, j’ai vu mon loup hurler sans gêne. Il est resté trois jours à sangloter, entre la grange et la maison, sans lever l’œil sur un lapin, sans penser à manger. Pour que le monde soit meilleur, il n’est pas nécessaire de vivre mais il est essentiel d’aimer.

jml
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Je suis d'accord s'il n'y a

Je suis d'accord s'il n'y a pas d'intervention sur le texte.

JMD
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Ça marche !

Ça marche !

JMD
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Petit coucou en passant

Comme il est possible qu'elle passe par ici, et qu'elle repasse par là, j'adresse un petit "coucou" amical à Marion.

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