Famille
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Hier à la radio j'ai entendu cet auteure D. Le Vigan, qui a écrit " Plus rien ne s'oppose à la nuit". Elle y parle de sa famille. Je n'ai pas lu. Une lectrice de blog m'en a parlé, sachant que j'essaie d'écrire quelque chose de construit autour de l'histoire de démence sénile avec ma mère.
Hier donc, je l'entends dire à quel point chacun, au sein d'une même famille, vit, ressent, entend, voit, perçoit, sa propre famille de façons si différentes C'est un des points cruciaux pour moi, une flèche pile poil qui s'est abattue en disant clairement son nom au fil de nos six années d'accompagnement de notre mère, à nous trois. Nous n'avons pas la même famille, nos parents ne sont pas les mêmes parents et ce d'une manière vive, très très forte, radicale. La mère que ma soeur a connue, celle qui l'a élévée, elle n'est pas ma mère. Pourtant c'est la même personne. Mon frère, n'en parlons pas, n'a pas du tout été aimé par ceux que je nommerais "mes parents". Pourtant ce sont les mêmes personnes, en apparence.
Je suis la petite dernière, quand j'avais huit ans, c'était 68 à la maison, la révolution pour les deux grands. En six mois on est passé de cinq à trois à table, et pour toujours.
Je nous savais très différents mais l'amour était gagnant et je les voyais comme des alliés contre nos parents. J'ai pris de la graine et à seize ans je me suis barrée et c'est mon frère qui m'a hébergée une année, celle de la terminale. Le temps a ensuite creusé. Nos opinions ont toujours été tranchées et cruelles. Sortis du nid tôt, c'est sans doute ces armes là qui nous ont permis de tenir. Choisir, prendre des décisions graves, trancher dans le lard sans regarder derrière, faire route, ne pas se retourner. Nous étions adultes à quinze ou seize ans, tous les trois, à des périodes différentes. C'est peut être ce qui me fait ressentir tout ce poids maintenant, à cinquante ans passés. Il y a du matos dans mon dos, du lourd, depuis longtemps ça roule, la machine est en marche à fond les ballons.
Arrive la démence d'une mère en pleine forme physiquement. Personne ne s'y attend. Elle était la joie de vivre, on n'a pas vu la dépression, les deuils mal embouchés, la vieillesse qui tue, lentement. On ne sait plus comment vivre à un moment, ça part en couilles. On a beaucoup de matos dans le dos, du lourd.
Arrive alors comme une flèche qui prend son temps, la vérité entre les trois.Nous. Nous qui ne fait pas Un, qui ne fait pas du tout ou qui fait n'importe comment. On agit comme on se foutrait des baffes, on prend sa revanche. La douleur rend fou. Arrive alors dans ma cible droit devant, les faits, les non-faits, les souvenirs, les ressentiments. Qui es-tu toi la petite qui n'a jamais été là ? Qui n'en fais qu'à sa tête depuis toujours ? Tu te caches, on ne te connait pas, on ne peut t'attrapper, et te mettre devant nous quand on le voudrait.
Arrive les faits en pagaille, les décisions qu'il faudrait prendre à plusieurs mais on ne sait pas. Qui apprend la dialectique en famille ? Famille il n'y a pas. Illusions dans le coeur blessé des enfants qui sont adultes. Des adultes redevenus enfants qui ne se rangent sous aucune bannière. Famille de dispersés, champ de bataille. Des preuves, des faits, tout en pagaille. Famille n'existe pas.
Après y avoir pensé une partie de la nuit, perso, je vois bien deux trois trucs à dire, mais là, j'ai pas le temps. Rendez-vous est pris pour ce soir !
Il y a plusieurs chose dans ce que tu écris ici : l'illusion de la famille, notre responsabilité envers nos parents lorsqu'ils redeviennent des enfants (nos enfants)... c'est très complexe et pour tout dire, je suis un peu plongée dedans ces jours-ci avec un nouveau retour à la case "hosto" pour ma mère... et ma responsabilité (solitaire ou presque) vis-à-vis d'elle... J'y reviendrai...
Le moins qu'on puisse dire, c'est que ce texte chaud bouillant éveille l'empathie ! Tu ne m'en voudras pas, chère Laure, d'essayer de garder un peu de distance, mais j'ai quelques raisons à ça.
On est seul à traverser sa propre valée de larmes et son propre champ de ruine. Ça n'empêche pas l'empathie et la mienne t'es toute aquise, mais dans l'expérience personnelle, une part reste irréductiblement singulière. En revanche, la douleur, elle, est assez universelle pour pouvoir être comme chez elle chez chacun... Certains fonctionnement familiaux aussi. Je m'embrouille, là, non ? Ma deuxième idée est plus claire.
Je ne sais pas ce que tu demandes à l'écriture, ça aussi, c'est très personnel, mais ce dont je suis sûr, c'est qu'en postant ici, ou ailleurs, ce qui est mis en route, c'est un processus de détachement. A ce processus là, oui, chaque lecteur peut participer. A ce titre, ce texte à toute sa place ici et je note avec satisfaction que le distingo atelier/carnet ne t'as pas échappé, sans qu'il ait été nécessaire de te l'expliquer.
De plus, ajouta-t-il sans perdre le Nord, je suis tout à fait preneur d'un (ou plusieurs) textes qui aborderait cette question de ce qu'on demande à l'écriture. Ce n'est pas la bouteille à l'encre du "pourquoi vous écrivez" (si on le savait !) mais plutôt quelque chose comme "Ça vous fait quoi d'écrire ?"
J'ai repensé à ma dernière phrase. rien ne me convenait et , écrit d'un jet, comme une pierre à ricochet, il fallait bien finir à un moment !
je me suis dit ensuite...je vais mettre "Famille est toute là". Famille FAMILLE. Non en fait, rien ne peut cloturer On verra.
Oui pour le reste, j'entends. Je suis toute en ouïe...OUI !!
"détachement " un beau mot, et pourtant c'est aussi l'inverse. En fait ce qui me chipote c'est exactement que dans toute chose je vis aussi son contraire ( tiens j'ai déjà entendu ça quelque part). Et la notion d'attaches, c'est tout un poème, je l'adore, on en fait des rideaux, des parfums, des pommes dans les arbres aussi. Et puis, tiens, des bougies.
Scribulations
oui que dire ?