Bristol 170 freighter - Le feuilleton de l'histoire
Aujourd’hui est un jour important pour la nouvelle que je compte écrire pour Scribulations 01/11 puisque j’ai enfin un titre et les prénoms des deux personnages principaux.
Pour le titre, ce sera Bristol 170 freighter (Mark 21 moteurs Bristol Hercules 672) Ça ressemble à un nom de code, et peut-être, en effet, ce titre ne sera-t-il que provisoire, mais il a l’avantage d’être intriguant et d’être le nom d’un avion qui a une certaine importance dans l’histoire telle qu’elle se présente.
Les deux personnages principaux, une fille et son père, s’appelleront Axel pour l’une et Élias pour l’autre. J’ai eu beaucoup de mal à trouver « Axel », mais de manière générale, donner un état civil aux personnages d’un récit est toujours délicat. Il faut à la fois que leur nom « fonctionne », c’est à dire qu’il me permette d’imaginer les personnages un peu plus précisément qu’à l’étape d’avant, celle où il ne sont encore que « la fille qui... » et « L’homme qui... » mais il faut également qu’ils ne me fassent pas trop précisément penser à quelqu’un d’autre, réel ou pas, mais dont le parrainage serait encombrant. Je ne connais aucune Axel à part Axel Red, la chanteuse, que j’aime bien, et aucun Élias. Pour Axel, je cherchais un prénom peu déterminé en genre. Axel va travailler dans un milieu qu’on imagine assez dur et assez masculin : une casse d’avion, mais je voulais surtout qu’elle puisse être copine avec Ted, de l’agence Wan & Ted, même si la participation de cette dernière sera très marginale. Il fallait quand même qu’Axel puisse faire appel à une agence de recherche, à une sorte de détective privé et comme c’est précisément le boulot de Ted, ça aurait été con de s’en priver. Par ailleurs, et sans doute faut-il voir là une économie de vieil écrivain, mais faire en sorte que les personnages d’un récit apparaissent dans un autre, même comme silhouette dans le fond, me parait être un bon investissement pour l’avenir. On ne sait jamais. On peut avoir besoin pour un récit de Wan & Ted d’une nana capable de piloter un avion (et de le réparer) donc autant laisser penser qu’ils se connaissent. Oui, je sais, ça fait radin, mais l’époque où je créais un milieu et des personnages pour chacun de mes récits, fussent-ils super courts, m’apparaît maintenant comme celle de ma folle jeunesse, peu économe de son temps et de ses moyens.
Élias s’est imposé plus vite. Attention verglas : c’est un pilote né en 1948 donc hélice ---> hélis ---> hélias ---> Hélias ---> Élias. Oui, ben ! désolé, c’est tout ce que j’ai trouvé. J’ai cherché si la silhouette de l’avion, de face, de profil, pouvait évoquer des lettres : bof. Passant de l’aéronautique à l’astronomie, j’ai cherché dans les satellites de Saturne (J’ai déjà utilisé ceux de Jupiter pour un autre récit) : bof. J’ai cherché « prénoms aériens » dans Google pour trouver des trucs comme « Céleste » ou « Alizée » : bof. Donc ce sera Élias, sauf si t’as mieux pour ce pilote choisissant à 75 ans de mettre fin à ses jours. Tu dis ? 1948+75= 2023 ? Ben oui, ça se passe en 2023 et alors ?
Je ne sais pas si ce qui suit est un heureux effet de l’expérience ou un reste de la folle jeunesse évoquée plus haut, mais il s’est passé peu de temps entre le moment où je me suis dit : « Tiens, il me faudrait une idée d’histoire » et le moment où cette idée est venue. Elle n’est bien sûr pas venue dans sa forme définitive tout de suite. C’est fini ça. Fini le temps où n’étant contraint par aucun délai, aucun format, aucun genre, je pouvais tranquillement attendre, quasi en spectateur, qu’à partir du déclic de départ l’histoire aille où elle veut et me retrouver à l’arrivé, avec un texte d’une, dix ou cent pages. Là, il s’agissait bien de penser à une nouvelle pour Scribulations, donc une trentaine de pages maxi, donc pas d’histoires secondaires ou quasi pas et peu de personnages. Sans rester complètement dans l’unité de temps, de lieu et d’action, il s’agissait quand même de ne pas trop s’en éloigner.
Mais pour une fois, (je n’ai jamais procédé comme ça) j’avais également envie de prévoir dès le départ des possibilités de développement futur, toujours pour des raisons « économiques ». Il pourrait s’avérer utile de pouvoir « gonfler » ce récit d’une dizaine de pages par ci par là sans devoir tout chambouler. En effet, l’expérience des précédents numéros de Scribulations a montré (entre autre) que certaines nouvelles méritaient un peu plus d’ampleur. Donc autant le prévoir. Il y aura donc là certains « flash-back » sur la vie d’Élias - seul et avec sa fille - sans doute peu, mais dont je pourrais augmenter le nombre au besoin ultérieurement.
J’ai donc éliminé, ou simplifié, toutes les idées qui me venaient qui m’engageaient sur des projets trop longs ou trop compliqués, ce qui revient au même.
Cherchant une idée d’histoire, je savais déjà qu’elle devrait se situer dans une ambiance « ferraille ». La casse auto : non. Pas envie de me refaire « Max et les ferrailleurs ». La casse de navires : pas mal. Mais on était alors forcément en bord de mer, ce qui impliquait pas mal de recherche pour que les précisions soient vraisemblables et à part un chantier de déconstruction navale en Belgique, la plupart sont très loin en Inde ou en Indonésie : trop exotique. Il fallait que mes personnages soient chez eux et pas trop loin de chez moi. Restait la casse avion et ça tombe bien : j’aime beaucoup les avions. Moins gros que les bateaux, impliquant des équipes et des moyens moins importants : tout bien. Va pour la casse d’avion, avec récup et vente de pièces détachées. En plus, j’ai vu deux reportages là-dessus il y a peu à la télé, donc je vois à peu près.
Puis le rôle de l’avion d’Élias lui-même s’est précisé, prenant une place importante dans l’histoire et il a donc fallu choisir l’avion. Pour des raisons dans le détail desquelles je ne vais pas rentrer ici - faudrait quand même qu’à l’arrivée, tu gardes quelques surprises, cher lecteur - j’avais besoin d’un avion ayant le même âge que lui, donc fabriqué dans les années 40, vers la fin de la décennie. Avant et donc avant la deuxième guerre mondiale, les avions font vraiment trop « coucou » et assez vite après, on se débarrasse volontiers des hélices au profit des réacteur, or je préfère les hélices. Comme par ailleurs je ne pouvais pas faire naître Élias trop tard, ou alors il devait se suicider à cinquante ans, ce qui parait un peu jeune quand on sait les raisons pour lesquelles il le fait, ou alors le récit devait se passer trop loin dans le futur. Bref, je me suis arrêté sur 1948 pour la date de naissance conjointe d’Elias et de son avion. Du coup, je te passe les détails, mais des avions construits dans ces années là, qui ne soient ni trop petits (Il doit pouvoir servir à Élias à transporter des pièces détachées possiblement encombrantes) ni trop gros, ni trop militaires, ni trop américains, j’en ai pas trouvé des centaines, mais on s’en fout, puisque un suffit. Je me suis arrêté sur ce Bristol 170 freigther, avec sa bonne grosse tête de Snoopy.
C’est là que j’en suis. C’est à dire à ce moment à la fois délicieux et inquiétant où je suis passé d’un « avant » au cours duquel je pensais à mon histoire quand j’avais un petit moment de libre, en allant au boulot, entre deux rendez-vous, à cet « après » où je ne pense plus qu’à elle, le reste m’apparaissant comme des « tâches de fond, incontournables mais encombrantes. Bientôt il sera temps de passer l’écriture elle-même et je sais par avance qu’elle apportera son lot de surprises. Mais pour le moment, je peaufine. Je ne sais par exemple pas encore vraiment à quoi ressemblent Axel et Élias. Où vivent-ils ? Y’a-t-il quelque par une Mme Élias ? Ont-ils de la famille ? Quel est son passé à elle ? Comment est-ce qu’elle pense ? Qu’est-ce qu’elle aime et n’aime pas ? Comment parle-t-elle. A quoi ressemble vraiment une entreprise de déconstruction d’avion ? Y a-t-il d’autres employés ? Combien ? Interviennent-ils dans l’histoire ? etc.
C'est prometteur, j'aurais préféré un bateau cargo, mais finalement les gros avions c'est beau aussi. Tu dis ? C'est toi qui écrit l'histoire... ok je la mets en veilleuse
Hi hi ! Si je ne me trompe pas trop, "Freighter", ça veut justement dire "cargo", ou quelque chose comme "transporteur de frêt".
Pour elle, réparer des avions, souvent à partir de pièces détachées prises sur d’autres avions, s’inscrit dans un cycle universel, selon lequel, autour d’elle, rien ne se crée, rien ne se perd tout à fait, mais tout se transforme. Elle organise ces passages, ces transitions. Ce qui ne fonctionnait plus fonctionne de nouveau. Ce qui ne fonctionnera plus sous sa forme actuelle sera valorisé, fondu, recyclé (elle doit beaucoup aimer cette idée de recyclage) et trouvera une nouvelle vie, sous une forme ou une autre, et tout recommencera.
Du coup, la perte irrémédiable de son père doit la heurter profondément. Il y a là quelque chose qui ne colle ni avec ses propres valeurs, ni avec ce qu’elle pensait partager de ces valeurs avec son père. (La science et la médecine ont pris sur lui tout ce qu’elles pouvaient, c’était désormais obligatoire et on se foutait de la volonté exprimée par l’intéressé ou son entourage à ce propos. Puis ce qui ne pouvait vraiment plus servir avait été incinéré, c’était également obligatoire, certaines corps contenant assez de métaux lourds, de produits divers, de gènes trafiqués, d’agents infectieux pour qu’on ne court plus le risque de contaminer le sol.)
Je vois Axel assez peu flamboyante. Il est même possible qu'elle souffre de dyslexie. Les liaisons entre les lettres pour former les syllabes et celles des syllabes entres elles pour former les mots, ne lui semblent pas logiques et souffrant trop d'exceptions, de contre exemples. Elle doit s'en sortir mieux avec les chiffres. Avec les shémas, elle est carrément dans son élément et je la vois assez lire des notices techniques avant de s'endormir le soir, comme d'autres de la littérature. Il est possible qu'elle ait une très bonne mémoire visuelle, développée pour compenser ses difficultés de lecture. Physiquement, je ne vois pas encore très bien. Peut-être ses joues rougissent-elles volontiers au grand air et peut-être est-elle dans l'ensemble assez ronde. J'ai bien envie de l'accabler d'une chevelure quasi crépue, sur un physique de fille normande. Tu dis ? C'est quoi un physique de fille normande ? Aucune idée. Mais je vois ça rond, frais, naturel sain et pas compliqué.
avec des cils comme les vaches ?
Plus j'y pense, plus cette idée d'un gouvernement écologiste totalitaire me parait féconde.
C'est à dire que pour la première fois dans ma vie d'auteur, je prends le temps de réfléchir à cette histoire avant de l'écrire (tout en sachant que l'écriture apportera son lot de surprise et de nouveauté). A chaque fois que j'y pense, je trouve matière à précision, des trucs qui s'éclairent. Tiens, par exemple : on aura compris qu'une relation quasi symbiotique existait entre Elias et son avion. Pour utiliser une image, je pourrais dire que s'il l'un des deux s'enrhumait, l'autre toussait. Mais justement, la question est pour moi de savoir quels symptômes, quelles affections les deux pourraient partager, qui puisse au final décider Elias de mettre fin à ses jours et sa fille sur la piste médicale, à partir de l'avion, pour qu'elle finisse par comprendre qu'il s'est tué parce qu'il se savait condamné. Sinon, comme je vise une trentaine de pages, dans la version "nouvelle", je me dis qu'un mois suffira pour l'écrire. Donc je ne me presse pas.
grincement, fuite de liquide....hélice grippée et rotule cassée.......toux et demarreur poussif......
Oui, c'est exactement ça. Toux et démarreur, joli ! Je prends.
On aura compris que l'histoire se déroule dans un futur pas très lointain, disons dans une dizaine d'année. La situation environnementale est telle qu'on voit fleurir (si je peux dire) des gouvernement écologistes totalitaires, mais également des phénomènes écologiques non prévus. Mais plutôt que d'aller chercher dans les catastrophes "classiques" qu'offre la météo - sécheresse, inondations, froid à la place du chaud et vice versa - j'aimerais mieux imaginer, je sais pas moi, des invasions périodiques de papillons (possiblement toxiques) et que la polution de l'air en haute atmosphère donne lieux, par exemple, à des couchers de soleil magnifiques, mais qui, dès lors, deviendraient autant de signes inquiêtants.
T´as pensé aux couleurs qui pourraient progressivement disparâitre des arc en ciel pour ne former plus que des arc en ciels en nuances de gris.... et aux pluies de bonbons aromatisés....? enfin je dis ça comme ça
Jolie, l'idée des arcs en ciel gris. En revanche, je ne vois pas bien comment justifier les pluies de bonbons...
bein tres vite expliqué comme ça sur le coin du comptoir ....la neige....en passant par les nuages pollues, la neige se forment et chope toutes les saletés et les parfums bloqués dans l´atmosphère...parfois ca donne des aromes qui rappellent la fraise ou le chocolat mou ( j´insiste sur le mou compte tenu de l´altitude des nuages - d´ailleurs cela má été confirmé par mon po-e-te jean pierre qui travaille au Syndicat nantais des confiseurs -) mais parfois c´est assez degueu du type arôme choucroute ou pie saladière... (quoique la pie saladière j´adore , mais ce n´est pas le sujet hein?)

Scribulations
c'est moi l'anonyme !