Bestiaire : Les valises
LES VALISES
Les valises naissent libres et égales dans le cuir des vaches ou des chevaux, dans une usine de plastique (?). Les valises ne sont pas des animaux carnivores. Elles se nourrissent de linge, d’effets de toilette et quelque fois de livres dont elles cornent ou font bouffer les pages. Même si elles n’ont pas d’ailes, elles sont de la famille des pigeons voyageurs. Elles se fardent d'étiquettes aux couleurs lointaines, Bombay, Singapour, Tokio, La Motte Beuvron. Ce sont surtout les touristes qui en font l’élevage. Elles hantent les tarmacs, les tourniquets d’aérogare, alourdissent le ventre des avions, les coffres d’autobus. Les hommes les traînent en laisse comme de grands caniches en gésine. Elles n’ont pas de pied mais des petites roues, une poignée rétractable comme le cou des tortues serpentines. Elles s’attachent aux chariots qui les promènent parfois mais sont toujours déçues. Leur amour est trop court. Les plus petites sentent le cosmétique, le rouge à lèvres et le fard à paupières. Les grosses avec des double-fonds fréquentent des gens louches. Les douaniers les regardent avec des yeux de shérif et les prennent au lasso. Elles ont peur des chiens qui les flairent sans vergogne. Elles meurent souvent seules dans les consignes de gare, oubliées par leurs maîtres.
De leur vie sexuelle, je ne sais rien. En revanche, leur mode de reproduction - quoiqu'encore mystérieux - semble relever de la parthénogénèse. En effet, il n'est pas rare d'observer, à côté d'une bonne grosse valise ventrue et replête, la même, mais plus petite, comme n'ayant pas encore atteint tout à fait sa taille définitive. Je me suis toujours demandé si alors, son contenu était le même, en miniature.
Depuis longtemps domestiquées, elles gardent pourtant leurs secrets. Elles prennent manifestement plaisir à accompagner les hommes dans leurs voyages, fidèles, silencieuses. Il est possible, certains savants l'avancent, qu'elles se parlent entre elles, dans le secret des soutes à bagages, des coffres de voitures et des placards des maisons. Peut-être, dans un frottement de cuir et de plastique se racontent-elles les ports et les halls de gares.
Étrangement, plus les valises sont petites, plus leurs idées sont grandes. Les packsacs mènent plus haut que les grosses à roulettes.
Perso, je supposais exactement le contraire. Puisqu'à l'évidence il s'agit d'un début (les textes de JML, finis, sont beaucoup plus longs que ça) je me-nous voyais assez bien continuer, voire même suggérer des trucs et des machins dans ce qui était déjà écrit. Mais il est vrai que se serait plus clair si tu nous donnais le feu vert, JM !
oui, surtout sur celui-ci, j'adore. On plongera dés qu'on aura le feu vert brun et les bouées.
le feu est vert
Scribulations
suppose que tu ne souhaites pas qu'on intervienne sur tes textes ?????????????????........................;